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L’astrologie n’a pas le pouvoir sur toi

Il existe un souffle de peur qui semble imiter le mouvement du vent : du léger chuchotement à la tempête, la croyance que les mouvements des astres pourraient faire soudainement s’effondrer nos existences a le pouvoir d’effrayer. Lorsqu’un transit planétaire est annoncé, les messages catastrophés se multiplient sur les réseaux. Et puisque la peur engendre la peur, une forme de terreur insidieuse se répand. Cette terreur, nous la rendons possible en la reconnaissant, en la faisant nôtre, la laissant glisser dans nos abîmes, nos doutes, nos manques.

Par un besoin palpable d’apaiser ces peurs contagieuses, nous cherchons à l’extérieur de nous-mêmes quelque chose d’absolu qui viendrait tout étancher, tout combler, tout réparer. Et lorsque l’on donne ce pouvoir à l’astrologie, nous la logeons au même niveau que n’importe quelle addiction, des paradis artificiels à la dépendance affective. Croire que l’astrologie a du pouvoir sur toi, en bien ou en mal, c’est sceller avec elle une union pleine de toxicité.

Une perspective différente est possible, celle de réaliser sereinement que le ciel n’a rien contre toi. L’astrologie, tout comme beaucoup de pratiques créatives ou thérapeutiques, peut par projection t’aider à visualiser une cartographie de ta psyché et à connecter toutes les parts de ton être pour une meilleure intégrité. Prédire ou projeter, c’est une pratique bien différente. Les astrologues exercent une influence certaine sur la façon dont les gens qui les consultent perçoivent l’astrologie. Mais ils ne sont pas les seuls à pouvoir renverser ce rapport de force illusoire entre les astres et les êtres, chacun d’entre nous peut dire non à la peur.

Combiner peur et prédiction, c’est un cocktail explosif qui se base sur un besoin d’être rassuré. Le débat ici n’est pas de savoir si la médiumnité existe et a une légitimité (nos intuitions nous surprennent tant chaque jour !), il est davantage question de savoir ce que l’on en fait. Si les réponses que l’on reçoit apaisent un temps, l’insécurité intérieure qui nous pousse à vouloir connaître nos demains ne disparait pas pour autant : nous sommes les seuls à pouvoir nous bercer sereinement, par un merveilleux sentiment qui se travaille comme un muscle, la confiance en soi. Or, lorsque l’on quête son avenir auprès d’un autre, la confiance est remise entre ses mains. Confier les clefs de son intégrité à quelqu’un d’extérieur n’est jamais anodin, et si la personne qui les cède est quelqu’un de fragile ou de sensible, les dégâts peuvent être lourds.

Lorsque j’exerçais comme kinésiologue, j’ai rencontré une femme qui essayait de concevoir un troisième enfant, une dizaine d’années après ses premières grossesses. Elle faisait face à une infertilité mystérieuse, et puis, malheureusement lorsqu’elle a enfin réussi à tomber enceinte, elle a perdu l’enfant lors d’une fausse couche. Nous avons creusé longtemps ensemble sur un éventuel blocage émotionnel, et puis quelques mois de séances plus tard, j’apprenais une information qu’elle jugea anodine mais qui soudainement prenait tout son sens. Lorsqu’elle était adolescente, elle était tombée sur des vieux papiers de sa mère à la cave : des notes prises d’un rendez-vous chez un voyant. Ces notes parlaient d’elle, de son avenir. Elles racontaient qu’elle aurait trois enfants, et que son mari mourrait. Terrible sentence, cette femme bloquait inconsciemment une troisième grossesse, qu’elle désirait pourtant tellement, par peur que cette malédiction se déclenche et qu’elle perde son époux. Après avoir fait sorti l’émotion qui coinçait en elle, elle est très vite tombée enceinte. Une grossesse miraculeuse à 43 ans, qui s’est déroulée sous les plus beaux auspices.

Nous sommes nombreux à être sensibles aux mots, aux injonctions, aux avis. En règle générale, cela va de pair avec le développement d’une empathie, d’une ouverture aux autres, qui fait tomber les frontières entre les êtres et les mondes. Nous avons tous besoin d’apprendre cette mesure, celle d’ajuster constamment la balance entre l’intégrité et la compassion (c’est l’axe Vierge/Poissons du Zodiaque). Certains se servent de cette ouverture pour imposer leur vision, sans pouvoir de contestation, et cela peut avoir des conséquences dramatiques. L’astrologie n’a pas à être ce lieu où l’un prend le pouvoir sur l’autre. Car soyons clair, lorsque des transits planétaires nous terrorisent, ce n’est pas l’astrologie qui nous a fait peur : c’est la personne qui les a interprétés.

L’astrologie est vaste, multiple et aussi sublime que le ciel étoilé. Elle n’est pas un monstre sanguinaire qui attend une rétrogradation pour faire de votre vie un enfer…

Ce qui effraie, c’est toujours une interprétation. Rien d’autre. Le reste n’est que mouvement dans l’univers. Mouvement avec lequel nous pouvons être plus ou moins à l’aise. Personnellement, je n’aime pas avoir la tête sous l’eau… En revanche, sauter en parapente, je le fais sans sourciller. Nous n’avons pas tous les mêmes appétences et capacités, et ainsi, nous ne réagissons pas tous de la même manière aux énergies du Zodiaque qui se placent sur le devant de la scène.

Ce qui est à regarder en face, c’est que nous n’avons pas besoin de Madame Irma pour nous faire peur. Nous savons très bien le faire tout seul, et même moi qui pratique une astrologie différente, je tombe dans le panneau quand j’ai un moment de faiblesse. À chercher à se raccrocher à quelque chose lorsque l’on a peur, on s’envoie à soi-même un message très clair : « je ne te fais pas confiance ». C’est tout de même fou cette capacité que l’on peut avoir à croire davantage la carte d’un oracle que notre propre intuition. Pour m’être entretenue plusieurs fois à ce sujet avec des tarologues ou des créateurs d’oracles, ils se trouvent souvent en accord pour dire que si l’on est dans une énergie de peur, nous ferions mieux de nous abstenir de sortir nos cartes. De symboles à décoder, comme un jeu de piste vers la prise de conscience, elles se transforment par le prisme de la peur en catastrophes effrayantes. L’astrologie, c’est exactement la même chose. Comme tout support de connaissance de soi, elle est à pratiquer au calme, en temps de retour à soi. Il y a une forme de discipline à tenir dans toutes ces pratiques, pour ne pas se laisser submerger. Et la discipline, c’est l’apanage de Saturne qui est aussi celui qui nous connecte au principe de réalité. Accepter de ne pas savoir, c’est certainement aussi un grand pas vers une détente de l’esprit tant recherchée.

Je parle très peu de la formation initiale que j’ai reçue en astrologie. C’est parce que j’ai appris la danse des planètes, la roue des maisons astrologiques et les énergies zodiacales à l’ancienne, au coeur d’un enseignement très binaire et manichéen. Prenons l’exemple des aspects : ils relient des planètes entre elles. Deux (ou plus) fonctions psychologiques en nous se retrouvent en lien et doivent composer les unes avec les autres. Au coeur de cet enseignement, on m’a transmis que les aspects rouges, c’était le mal et les aspects bleus, c’était la fête. Cela a rendu partiellement opaque mon regard sur mon propre thème les premiers temps. Traditionnellement, les aspects carrés ou oppositions parlent de difficultés, et les trigones sont censés être les rois de la facilité. Mais deux planètes inséparables et qui s’entendent infiniment bien ne sont pas forcément toujours au service de notre développement. Cela peut nous faire stagner dans une zone de confort, et puis aussi, il arrive que l’on doive se remettre en question pour évoluer. Ils arrivent que deux planètes en trigone soient comme deux enfants qui sont tout le temps ensemble et qui font front pour esquiver un changement nécessaire. Nous avons la responsabilité, non pas d’en avoir peur, mais d’agir comme les parents de ces enfants fictifs, concernés par notre bien-être. Aspect rouge, aspect bleu, on s’en fiche : l’idée générale, c’est que toutes nos planètes, nos terres intérieures, soient aimées, valorisées, et, oui, ordonnées pour rester en symbiose avec le cosmos (ce mot veut dire « ordre » en grec, l’opposé du chaos).

Le thème astral est une cartographie du ciel au moment de la naissance, il n’est pas le fruit du labeur d’un tailleur de pierre qui irait graver un chemin indélébile dans du marbre. Personne n’a envie d’être du marbre. Nous sommes des corps en mouvement, des êtres d’esprit et d’espérance, des humains en chemin qui se cherchent et ont besoin de temps pour se trouver.

Je vais donner un exemple que je trouve très révélateur des idées reçues inquiétantes transmises par une astrologie de la peur : la maison 12 est bien souvent traitée comme un lieu terni de négativité. On lui attribue le karma, les grandes épreuves, les maladies longues, la mort, la culpabilité, la souffrance. Alors quand, à la loterie du ciel, on nait avec un Soleil en maison 12 et qu’on va consulter un astrologue qui prend tout ça au pied de la lettre, on peut se mettre à avoir peur de vivre… Je trouve ça terrible. Chaque lieu du Zodiaque, chaque planète, a ses spécificités. Ses zones d’ombres et de lumière (et là encore, c’est très subjectif…). Une maison astrologique, c’est un champ d’expérience. Nous les vivons tous ! Nous avons tous une maison 12, et ce n’est pas un lieu à ternir en le regardant de travers. Oui, la maison 12 est particulière car elle contient notre infini intérieur qui s’entremêle avec l’infini extérieur. Elle est la maison d’une grande sagesse d’existence tout comme celle du tout début de la vie, lorsque nous étions dans le ventre de nos mères. Si la maison 12 est subtile et insaisissable, c’est parce qu’il existe dans nos vies, à tous, des choses subtiles et insaisissables : elles ont toute leur place dans notre thème natal. Est-ce une raison pour les regarder de travers ? Voyager en maison 12, c’est aussi acquérir l’humilité de ne pas chercher à intervenir sur ce que l’on ne comprend pas, mais de s’en laisser traverser. Oui, nous continuerons à rentrer le pied sous la couette lorsque nous entendons un bruit étrange au milieu de la nuit : nous sommes humains. Humains limités vivants dans un infini mystérieux. Les maisons hantées ne le sont pas forcément par de vilains fantômes, et la maison 12 en est la preuve. De toutes les consultations que j’ai eues avec des personnes découvrant alors sans a priori leur Soleil en maison 12, je n’en ai jamais trouvé une seule qui n’a pas vécu cette annonce comme une bonne nouvelle. Le Soleil est le lieu de notre rayonnement, et lorsqu’on ose y aller, on trouve cette fameuse confiance.

Hier encore, j’étais en compagnie d’une femme qui se trouvait dans cette situation stellaire (Soleil en 12), et elle me racontait à quel point elle aimait être connectée à ce genre mystère qu’est l’univers. Pas une peur à l’horizon. La carte ne fait pas le territoire, je radote, mais cette phrase est d’une importance capitale quand on pratique une astrologie psychologique. Cette femme n’a eu aucun frein, aucune croyance éducative propice à ce qu’elle regarde son Soleil en maison 12 de travers et le renie. Elle a grandi dans une culture où l’invisible a toute sa place, et aujourd’hui, elle se dessine un chemin dans la voie du chamanisme. La carte ne fait pas le territoire, mais elle a eu la chance qu’ils s’accordent parfaitement. Et j’ai envie de l’ériger en preuve que la maison 12, tout comme le reste de tout ce qui fait l’astrologie, n’a rien d’inquiétant sans le regard que l’on y pose.

Certains appréhendent le transit des planètes sur leur thème, et je le comprends. Ce sont des passages à vivre. Mais rien ne peut nous indiquer quels seront leurs tenants et leurs aboutissants avant de les avoir vécus. Et surtout :

Il est important de comprendre que les mouvements des planètes ne déclenchent rien : ils mettent la lumière sur un endroit en nous, et si c’est mal rangé, d’un coup, ça se voit.

C’est alors qu’il faut s’en occuper, gérer ça en soi ou dans sa vie. Jamais un transit planétaire ne va déclencher une rupture : ce sont les êtres humains qui les vivent qui vont la décider, si l’un ou l’autre juge que c’est la solution pour transformer le chaos dévoilé par la lumière en ordre nouveau et salvateur. N’oublions pas non plus que nous n’avons conscience que d’une petite partie de nous-mêmes, il se peut même que notre inconscient nous fasse vivre des actes manqués pour déclencher les catastrophes que nous aimons tant attribuer aux planètes. C’est tellement plus facile d’avoir un coupable à blâmer quand notre vie ne nous plait plus… Et ce n’est pas bien grave de le faire sur le coup, ça défoule et ça soulage… Si l’on est capable de le faire avec un humour sincère.

L’astrologie, ce n’est pas là pour te faire paniquer, pleurer, pour te sentir dépossédé, jouet d’une destinée qui ne te plairait pas. L’astrologie, c’est une pratique qui peut être agréable, sereine, et qui te permet de prendre de la hauteur sur ton être et ta vie. Il ne s’agit pas de se connecter avec des paramètres obligatoires et figés, mais bien d’apprendre à cuisiner de l’épanouissement avec les ingrédients qui s’agitent ou sommeillent en toi.

Le ciel n’a rien contre toi. Jamais. Mais si tu le penses parfois, c’est peut-être que tu as besoin de renforcer ta confiance, en toi et en lui.

6 pensées sur “L’astrologie n’a pas le pouvoir sur toi”

  1. Sandra dit :

    Merci de dédiaboliser (je sais que ça n’est pas français mais je n’ai pas d’autres mots 🙃), la maison 12, ayant mon soleil en maison 8 et ma lune en maison 12, je suis heureuse de lire cet article. Merci encore 🙏🏻

    1. inventetonciel dit :

      Avec grande joie !

  2. Corinne dit :

    Mille mercis pour tous ces jolis mots écrits et comtés au creux de nos oreilles. Mon âme à besoin de beauté et d’harmonie, d’accords justes et dissonants si besoin, d’impulsion juste et soutenante pour aider à la traversée des tempêtes de nos vies. 😌 Corinne (Soleil et asc en Balance of course)

    1. inventetonciel dit :

      Merci tout fort Corinne pour ce commentaire <3

  3. Jenny dit :

    MERCI MERCI MERCI pour ce délicieux article… J’en ai d’ailleurs écrit un aujourd’hui même sur le sujet tellement je suis touchée (et un peu énervée…) par la détresse que peut inspirer une consultation astro/tarot.
    En tant que tarologue novice (avec le Soleil en maison 12 ahahah) je suis parfois un peu dépassée par l’immensité du pouvoir que des consultants accordent au cartes ou au tarologue au détriment du leur…
    Et j’ai moi-même beaucoup souffert de tirages ou consultation d’astro reçus par le passé car je les voyais comme des sentences irrévocables, des preuves que la vie en avait après moi…
    Merci de remettre les choses en perspective et de rappeler que le Cosmos ne passe pas ses journées à comploter contre nous.
    Merci pour tout ce que tu fais, ton travail est vraiment très précieux 🤗

    1. inventetonciel dit :

      Je suis très heureuse si cet article a pu être utile et soutenant pour toi ! Tu as toutes les ressources nécessaires pour te défaire de ces sentences… 🙂

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